Autrefois : Sade » l’affaire Jeanne Testard »

Autrefois : Sade » l’affaire Jeanne Testard »

Le 19 octobre 1763, Jeanne TESTARD, vingt ans, ouvrière en éventails, quitta la maison du marquis de Sade vers neuf heures du matin et se rendit en l’hôtel du lieutenant général de la police, faire sa déposition.
Elle raconta qu’ayant fait la connaissance depuis trois semaines d’une certaine dame du RAMEAU, « femme du monde » ( maquerelle pourvoyeuse) logée rue Montmartre, celle-ci lui proposa de faire une partie avec un particulier inconnu ( D.A.F Sade) pour quelques louis d’or.
Le texte de la déposition a été retrouvé en octobre 1963 par Jean Poumarède.
« …Contre deux Louis d’or elle fut conduite près de la rue Mouffetard (…) dans une petite maison a porte cochère peinte en jaune, avec chardons de fer au-dessus;
qu’étant arrivés, il la fit monter dans une chambre au premier étage, et après avoir fait descendre au rez-de-chaussée son domestique qui l’avait suivi, il ferma la porte de ladite chambre à clef et aux verrous;
il lui demanda si elle avait de la religion, et si elle croyait en Dieu, en Jésus-Christ et à la Vierge ;
à quoi elle répondit qu’elle y croyait, et qu’elle suivait autant qu’elle le pouvait la religion chrétienne dans laquelle elle avait été élevée;
à quoi « le particulier » répliqua par des injures et des blasphèmes horribles, en disant qu’il n’y avait point de dieu, qu’il y en avait fait l’épreuve, qu’il s’était « manualisé  jusqu’à pollution » dans un calice qu’il avait eu pendant deux heures à sa disposition dans une chapelle…
Il ajouta qu’il avait eu commerce avec une fille avec laquelle il avait été communié, qu’il avait pris les deux hosties, les avait mises dans la partie de cette fille et qu’il avait vu charnellement, en disant : « Si tu es Dieu; venge toy » ;
(…) ensuite il lui proposa de passer dans une pièce attenant ladite chambre en la prévenant qu’elle allait voir quelque chose d’extraordinaire (…)
que lui ayant dit qu’elle était enceinte et qu’elle craignait de voir des objets capables de l’effrayer, il répliqua que ces objets ne l’épouvanteraient pas, et en même temps il la fit passer dans la chambre voisine, et s’y enferma avec elle;
qu’en y entrant elle fut frappée d’étonnement en voyant quatre poignées de verges et cinq martinets de différentes formes, dont trois de cordes, un de fil de laiton et un de fil de fer qui estaient suspendus à la muraille, et trois Christs d’ivoire sur leur croix, deux autres Christs en estampes, un Calvaire et une Vierge aussi en estampes, attachés et disposés sur les murs, avec un grand nombre de dessins et d’Estampes représentant des nudités et des figures de la plus grande indécence(…)
que lui ayant fait examiner ces différents objets, il lui a dit qu’il fallait qu’elle le fouettât avec le martinet de fer après l’avoir fait rougir au feu, et qu’il la fouetterait ensuite avec celui des autres martinets qu’elle voudrait choisir (…)
qu’elle n’a point consenti à ces propositions, quoiqu’il en ait fort pressée (…) « 
(…) après cela il détacha deux des christs d’ivoire, un desquels il foula aux pieds, se « manualisa » sur l’autre jusqu’à pollution (..)
et sur la surprise et l’horreur de la comparante, il lui dit qu’il fallait qu’elle foulat au pied le crucifix, en lui faisant voir deux pistolets sur une table et tenant à sa main son épée, prêt à tirer du foureau, en menaçant de la lui passer en travers du corps; la comparante par la crainte de perdre la vie, eut le malheur de fouler au pied le crucifix, et en même temps il la força de prononcer des paroles impies…
(…) il voulut exiger de la comparante qu’elle prît un lavement et le rendit sur le Christ, ce qui n’eut point lieu par son refus (…)
(…) ledit particulier proposa à la comparante « de la voir d’une façon contraire à la nature »(…)
(…)ledit particulier proposa à la comparante de la retrouver le dimanche suivant…(…)laquelle doit signer sur un morceau de papier blanc, un engagement de ne rien révéler de ce qui s’est passé et de ce que lui a été dit (…)
Sade fut identifié, arrêté, conduit à Fontainebleau, puis transféré, par ordre du roi, au donjon de Vincennes ( le (29 octobre 1763) « pour débauche outrée ».

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Sade profitait à fond des droits et privilèges de sa haute position sociale pour défouler ses pulsions sexuelles sur une catégorie de femmes traditionnellement réservées à cet usage: les femmes de basse classe (mendiante, domestiques, prostituées).

« Allié par ma mère, à tout ce que le royaume avait de plus grand ; tenant, par mon père, à tout ce que la province de Languedoc pouvait avoir de plus distingué ; né à Paris dans le sein du luxe et de l’abondance, je crus, dès que je pus raisonner, que la nature et la fortune se réunissaient pour me combler de leurs dons ; je le crus, parce qu’on avait la sottise de me le dire, et ce préjugé ridicule me rendit hautain, despote et colère ; il semblait que tout dût me céder, que l’univers entier dût flatter mes caprices, et qu’il n’appartenait qu’à moi seul et d’en former et de les satisfaire. »

Au siècle des Lumières, la débauche se portait bien : dévergondages, prostitution, mères maquerelles, comtesses lubriques, libertins, ecclésiastiques (aussi) se retrouvaient sans vergogne, dans des parties fines, où les spectacles pornographiques devenaient monnaie courante.
Toutes les fantaisies s’expérimentaient-à deux, à trois, en groupe, selon des mises en scène toujours renouvelées.
Sade pratiquait un libertinage autrement que les autres : mise en scène de ses orgies, fouets, injures, blasphèmes, terreur.
Franchissant les limites admises, suscitant l’effroi, soulevant l’indignation, la transgression des interdits semblait être sa recherche essentielle.
Il fit l’éloge d’une sexualité hors mariage et à but non-reproductif, de l’adultère, du plaisir sexuel (y compris des femmes qui peuvent jouir et jouir des autres), des relations homosexuelles, des pratiques non tolérées socialement comme l’onanisme, la sodomie  (La philosophie dans le boudoir).
Les risques encourus pour la sodomie, d’un point de vue strictement juridique, au XVIII ème siècle était : la mort.
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« Oui, je suis un libertin, je l’avoue: j’ai conçu tout ce qu’on peut concevoir dans ce genre-là, mais je n’ai certainement pas fait tout ce que j’ai conçu et ne le ferai sûrement jamais. Je suis un libertin, mais je ne suis pas un criminel ni un meurtrier. »
 
Sources :
  • Un portrait de Sade / Raymond Jean.
  • Le vrai visage du marquis de Sade / Jean Desbordes.
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